Amor Blitz :: Ta Jalousie Est Un Coeur Grenadine

Les strasbourgeois ont enclenché le turbo pop à l’occasion de la sortie de leur premier album. Enfin pop si l’on veut, car c’est avant tout du rock français qu’ Amor Blitz défend  brillamment, par un croisement inédit entre Starshooter  et Conan Mockasin.

Ta Jalousie Est Un Drone, en ouverture de l’album du même nom, condense de bien belles perspectives. Basses et guitares sont au diapason pendant que la voix déclame des textes surréalistes en français. Talentueux,  Emmanuel Szczygiel a le ton juste et le sens inné de la composition. On retrouve la même fougue que certaines formations françaises des années 70 et 80 (Blessed Virgin, Cyclope ou Edith Nylon et Les Désaxés) et une recherche sonore actuelle qui  enrobe les guitares nerveuses et mélodiques.

L’imparable Mayday aux solos alambiqués et à la basse bien en avant, permet aux claviers de se faire une place au soleil du tropique du Capricorne pendant que le tubesque Antidote convoque un Mathieu Chedid sous influence The Cure en mode bronzage.

Les riffs flirtent avec le Stoner Rock ou le Glam sur Un Bain De lumière et La Transcendance pour mieux amorcer le psychédélisme, les rapprochant ainsi de Chocolat, autre groupe passionnant qui  manie le français et rock seventies de manière décomplexée.

N’hésitant pas à explorer des rythmes reggae/pop sur Le Hacker, Amor Blitz peut se le permettre car il évite les tics de la variété musicale tout en préservant des lucioles sonores électroniques. Safran, tout en  groove apaisant, vient clore tranquillement ce premier album sur des touches moites et parfumées.

Rafraichissant et  surprenant, le groupe strasbourgeois se démarque par un sens inné des mélodies et de textes accrocheurs. De quoi leur souhaiter les moyens de  leurs ambitions pour la suite.

Mathieu

L’une des grosses dates du  festival Musiques et Terrasses de Verdun était l’affiche JC Satàn / Amor Blitz le 8 juillet dernier. Electrophone était présent et vous avez déjà pu lire notre entrevue avec le groupe bordelais.

Comme on était sur place, on en a profité pour poser quelques questions à Amor Blitz qui ouvrait cette soirée avec son premier album sorti conjointement chez October Tone et La Souterraine.

Pouvez-vous revenir sur l’origine du groupe ?

Emmanuel (chanteur/guitariste) : Début 2014, j’avais quelques titres en poches déjà enregistré et je cherchais des musiciens pour amener ça sur scène. Avec Louis, le bassiste, on a commencé à deux pendant 1 an environ. On bossait avec une boîte à rythme au départ…on faisait avec les moyens du bord. L’équipe a grandit depuis, nous sommes dorénavant 4, attirés par une vibe beaucoup plus organique.

Avant Ta Jalousie Est Un Drone, vous n’aviez sorti que deux EPs. Est-ce que votre manière d’écrire a changé sachant que vous composiez pour un album ?

E : Oui, la liberté du groupe a grandit, en terme d’écriture, de structure et de densité sonore. Le fait de travailler avec Gabin, notre batteur, donne de l’ampleur au groupe, on s’autorise beaucoup plus de chose et on compte bien aller beaucoup plus loin que ça. À nos yeux, cet album est un premier essai, tout reste encore à faire.
L’avantage d’écrire pour un album, c’est d’avoir le luxe de prendre son temps, tu peux déployer un paysage plus complexe et passionnant qu’un EP.

La première fois que nous avons entendu Amor Blitz, le premier nom qui nous est venu en tête c’est Taxi Girl. Est-ce une influence que vous approuvez ? Et, si oui, vous considérez-vous comme des Jeunes Gens Mödernes ?

E : Non, nous connaissons le groupe mais il ne s’agit pas d’une influence car nous ne les avons quasiment pas écouté. Aux débuts d’Amor Blitz, la compilation des Jeunes Gens Mödernes a pu être une influence dans le sens ou j’ai pris conscience qu’il était possible d’être totalement décomplexé avec la langue française et que son utilisation dans un contexte plus “alternatif“ pouvait fonctionner. Néanmoins, on se sent très éloigné de l’aura cold wave qui s’en dégage. On est tout sauf des mecs cold ou new wave. Je peux comprendre l’influence 80’s pour les 2 premiers EP mais pour cet album, elle est pour moi beaucoup moins présente. Ce sont un peu des séquelles involontaires.

Par ailleurs, sur d’autres titres comme Dracula Pacifique ou encore Un Bain de Lumière, j’entends certains sons déjà entendus chez un autre artiste d’ October Tone qui est T/O. Est-ce qu’il a pris part d’une manière ou d’une autre à l’album ?

E : Théo a été notre guitariste live pendant environ un an, le fait est que nous avons beaucoup d’influences en commun et la passion pour les bidouillages sonores. Cette familiarité que tu a entendu provient probablement de là car je me suis occupé de tout l’enregistrement de l’album seul, hormis la batterie et la basse.

Amor Blitz, Dracula Pacifique, Ta Jalousie Est Un Drone, Dégainer mon Tank…. Vous aimez assembler des mots qui n’ont, bien souvent, aucun lien entre eux. D’où vient l’inspiration lorsque vous écrivez les paroles de vos chansons ?

E : On aime bien combiner des mots qui stimulent l’imaginaire. Alterner les phrases directs, terre-à-terre avec des choses plus imagés. Quand on écoute des titres francophones, on a tendance à oublier de rêver car on se rattache à fond aux paroles. Détacher certaines phrases d’un sens direct permet à l’auditeur d’écouter le titre un peu plus dans son ensemble, de prendre de la hauteur. Ce n’est pas pour autant que ce que l’on raconte ne veut rien dire, il y a quasiment toujours un sens. L’inspiration vient des fois d’un ressenti, d’un “mot-phare“, des mes expériences ou de celles de personnes qui m’entourent.

© Vanessa Agostino

Si je vous dis que ça me fait penser à du cut-up fait par Bashung vous en pensez quoi ?

E : C’est hyper flatteur, merci ! Mais pour Bashung, c’est pareil, mis à part ses tubes, on ne connait que très peu son répertoire. Son travail sur les textes est beaucoup plus complexe que nous. Nous on cherche l’équilibre entre la musique et des paroles qui tiennent la route alors que Bashung se concentre beaucoup plus sur la finesse de l’écriture, en mettant les mélodies un peu plus de côté. Il fait de la chanson française, nous notre approche est beaucoup plus pop.

Votre album est sorti conjointement chez October Tone et La Souterraine. Comment en êtes-vous arrivés là ? C’est La Souterraine qui vous a proposé cette collaboration ou l’inverse ?

E : Nous avons contacté La Souterraine en vue de la sortie de cet album, et ils ont été ok pour que l’on collabore ensemble. On en est d’ailleurs ravis !

Dans plusieurs chroniques que j’ai pu lire de votre album, à chaque fois on fait allusion à Mac Demarco alors que votre musique n’a rien à voir avec celle de l’Américain. Comment expliquez-vous cela ?

E : C’est drôle car pour cet album, j’aurai dit la même chose de Taxi-Girl haha. Mais pour Demarco, c’est peut-être parce qu’on a du chorus sur nos guitares? Un certain goût pour l’auto-dérision? Franchement, j’en ai aucune idée…

Est-ce parce que, tout comme lui, vous laissez transparaître des attitudes j’m’en foutiste alors que vous êtes des gros bosseurs ?

E : Nous sommes des gros bosseurs oui, l’attitude nonchalante que l’on peut envoyer n’est pas du tout calculé…On fait notre travail sérieusement sans se prendre au sérieux.

Est-ce que tu peux nous dire quels sont :
> la chanson / le disque ou l’artiste que tu écoutes particulièrement en ce moment ?

E : Un peu en vrac, j’écoute les albums d’Ariel Pink, Broadcast en ce moment. La dernière compilation Disque La Rayé de Born Bad aussi.
> la chanson / le disque ou l’artiste ultime, dont tu ne peux te passer, que tu continue d’écouter encore et encore ?
E : L’album Plastic Ono Band de J. Lennon
> la shame song ? (c’est-à-dire la chanson que tu aimes bien mais dont tu as un peu honte… (genre pour moi, c’est « Toxic » de Britney Spears – n’allez pas le répéter, hein ! 😉 ))
E : C’est totalement assumé et c’est « Coeur Grenadine » de Laurent Voulzy.

Et enfin dernière question. Quelle est votre plus belle psychose ?

E : Question difficile…l’inquiétude de perdre l’amour d’un(e) partenaire?

 

Propos recueillis par Vanessa et Elissa

Merci à Pauline, Amor Blitz et Musiques et Terrasses