A7PHA :: A7PHA

On ne peut pas dire que les sorties actuelles du label Anticon soient franchement excitantes. Si le label a depuis longtemps fait ses preuves avec des albums mémorables, allant de Themselves, Buck 65 ou encore Sole, qui ont su donner l’amour du hip hop à l’ado métalleux et bêtement fermé d’esprit sur le sujet que j’étais, le collectif a fini par devenir de moins en moins inspirant. Tout de fois, celui-ci réserve encore quelques surprises et le premier album de A7PHA en est une de taille.

A7PHA est le fruit d’une rencontre entre plusieurs univers dont le mélange avait toutes les chances de donner un excellent disque. Ses univers sont ceux de deux rappeurs aux flow uniques et obsédants, Doseone (la moitié de Themselves) et Mestizo (inconnu au bataillon mais dont on est pas prêt d’oublier le blase), qui, il faut reconnaître ce qui est, s’avère être plus inspirés que jamais. Ce premier disque compte aussi une belle brochette de collaborateurs avec notamment Gonjasufi, Alias ou encore Crescent Moon (Kill The Vultures). On a ici un album de hip hop intelligent sans être trop cérébral pour autant, bizarre sans être franchement tordu, sombre sans être trop glauque, massif sans jamais perdre de sa finesse et aussi vaporeux qu’immersif. Un juste équilibre qui donne toute sa force à ce disque riche et puissant. Si les amateurs de Doseone retrouveront indubitablement des références à cLOUDDEAD ou Themselves, cela n’enlève rien à la singularité de ce disque qui va au-delà des simples références nostalgiques et s’impose comme une bouffée d’air frais. La subtilité de cet album se révèle et se confirme écoute après écoute. Plus on s’y plonge, plus on a l’étrange sensation de se faire happer par quelque chose d’inconnu qui se glisse sous votre peau, rampant jusqu’à votre cerveau, pour s’y accrocher telle une créature trouvant un confortable nouvel hôte. Sympathique non ? Sans être cauchemardesque pour autant, cette première offrande est assez lovecraftienne, allant trouver sa matière première dans de sombres recoins, ceux que l’on fréquente trop peu à mon goût.

Ici semble être très justement synthétisé, assimilé, le hip hop du plus ghetto au plus geek. Le résultat nous laisse entendre que le hip hop a encore de belles heures devant lui et qu’Anticon peut encore nous surprendre. Le meilleur disque de hip hop depuis Asphalt For Eden de Dälek ? La question ne se pose même pas !

Jocelyn H.